Visites virtuelles du patrimoine du canton de Châteauneuf-la-Forêt

Place Herrlisheim, commune de Neuvic-Entier

Pourquoi baptiser une place Herrlisheim à NEUVIC-ENTIER ?

Dans l’enquête publique auprès de la population de Neuvic-Entier certains habitants se sont manifestés pour proposer d’honorer le village d’Herrlisheim en Alsace dont les habitants ont été évacués dans notre région lors de la dernière guerre et particulièrement pour de nombreuses familles dans notre canton. Quatre ou cinq familles ont séjourné à Neuvic-Entier.
Dans le village d’Herrlisheim, certaines rues portent les noms de Neuvic, Châteauneuf-la-Forêt, Limoges et Haute-Vienne en signe de gratitude à l’égard de nos communes et de notre région.
Afin de perpétuer à notre tour le souvenir de cette malheureuse époque historique, le conseil municipal à décidé de nommer une place " Place Herrlisheim " à Neuvic-Entier.
Cette place est le parking à coté de la salle polyvalente " xxxxxxxxxxx ".

Un peu d’Histoire sur l’évacuation de HERRLISHEIM pendant la Seconde guerre mondiale

Texte d’Elisabeth Scherrer responsable de la communication à la municipalité d’herrlisheim, photos Elisabeth Scherrer et Bernard Grasdepot

Bien avant que n'éclate la guerre, les nouvelles alarmantes circulaient à Herrlisheim. On avait l'habitude ici de rencontrer des gens d'outre Rhin, et l'inquiétude fut bientôt de mise. Puis on apprit que les communes situées le long du Rhin devaient être évacuées ; tout cet espace devant être considéré comme une probable zone de combat.
Le 1er septembre 1939, les gendarmes vinrent apporter au maire l'ordre d'évacuer le village sur l'heure. Les habitants avaient 12 heures pour faire leurs paquets et abandonner tous les biens qu'ils ne pouvaient porter.
Destination de l'évacuation : la Haute-Vienne, la ville de Strasbourg faisant partie de cette zone ; la mesure a concerné près de 430 000 personnes.

Lorsque le 1er septembre 1939, à 13H00, la radio de Strasbourg relate les risques imminents de guerre, le secrétaire de mairie Albert Werner se rendit immédiatement à la mairie pour emballer et charger les archives de la commune. Des caisses étaient déjà prêtes à cet effet depuis un moment. Ces archives communales furent transportées par deux camions militaires à l'école communale de Willgottheim, d'où la gestion de la mairie était organisée. Les gendarmes de Bischwiller arrivèrent vers 16H30 avec l'ordre écrit d'évacuation immédiate du village.

Le lendemain matin, au petit jour, commence l'exode. Environ 40 chevaux furent réquisitionnés par l'armée. La centaine d'autres ainsi que des vaches furent utilisés par les réfugiés comme attelages, les familles paysannes se rendant en chariots dans les centres de regroupement pour y abandonner leur cheptel.
Embarqués dans des wagons, souvent à bestiaux, après plusieurs jours de transport dans des conditions difficiles et pénibles, les réfugiés arrivèrent dans le sud-ouest de la France. Cette évacuation est assez mal vécue par les générations âgées, qui connaissent de sérieux problèmes d'adaptation dans un milieu culturel très différent, notamment au niveau de la langue, et de la rencontre de deux cultures rurales totalement dissemblables.

Près de 70 années nous séparent de cette journée fatidique, mais les souvenirs sont restés vivaces chez ceux qui survivent. A Herrlisheim toutefois, existe un document peut-être unique. Réuni à Châteauneuf-la-Forêt, lieu de regroupement de Herrlisheim, le conseil municipal d'alors avait décidé de mettre noir sur blanc, toute l'histoire de l'évacuation du village (en allemand).

Cet exode sera malheureusement catastrophique pour les villageois de Herrlisheim. Le train qui devait les emmener vers la Haute-Vienne fut, en effet, heurté dans la nuit du 11 septembre 1939, près de la gare de Neufchâteau dans les Vosges, par un train de marchandises. Les derniers wagons furent pris en écharpe et on retira de nombreux morts et blessés. 16 personnes devaient mourir à la suite de cet accident.
 
Les villageois de Herrlisheim avaient donc abandonné leurs maisons du 1er septembre 1939 au 1er septembre 1940 ! Une année d'évacuation... puis ils sont revenus chez eux partageant le sort de toute la population alsacienne. Ce fut ensuite l'incorporation de force et l'arrivée des premières déclarations de décès des hommes au front.
C'est en mémoire de cette époque et en signe de gratitude à l'égard de votre département que nous avons baptisé les rues de Neuvic, de Châteauneuf-la-Forêt, de Limoges et de la Haute Vienne.

Anecdote : après sa démobilisation comme prisonnier de guerre à Baccarat en 1940 par les Allemands, Antoine Meyer, un habitant de Herrlisheim, revint dans son village, ramassa le courrier destiné aux réfugiés et enfourcha la seule bicyclette en état de marche, (un modèle pour dames). Il ne se souvient plus s'il a mis 8, 10 ou 14 jours de Herrlisheim à Châteauneuf-la-Forêt, mais il y est arrivé en pleine forme et a fait beaucoup d'heureux en sa qualité de '' facteur ''.
 Durant leur séjour en Haute-Vienne, les Herrlisheimois étaient dispersés dans d'autres localités notamment Neuvic et Limoges.

Nota : Le nom exact " Neuvic-Entier ", n’a pas été reproduit car les Alsaciens ne connaissaient pas l’histoire toponymique de notre commune. Entier a été interprété comme un adjectif.
 
Pour info. L'artillerie allemande a pilonné notre village lors de violents combats contre les chars d'infanterie américains en déc. 1944 et janv. 1945 lors de l'opération '' Nordwind''. En février, la guerre était terminée mais Herrlisheim était en ruines, il fallait tout reconstruire. (220 maisons complètement anéanties, 165 endommagées à 85 %, 113 endommagées à 50 %, bâtiments agricoles en ruines, église et école des filles totalement détruites, la mairie, la synagogue et l'école des garçons gravement endommagées. 14 maisons seulement avaient subi un dommage en dessous de 25 % )
 

POURQUOI SE SOUVENIR ?

FRATERNITE ET FIDELITE Texte de Michel Gagaille

Plus de soixante ans après Neuvic-Entier se souvient encore de la FRATERNITE née de cette vie partagée entre nos amis alsaciens d'Herrlisheim chassés de chez eux par la guerre et notre Limousin alors épargné. Combien de fois ma mère m'a-t-elle parlé de sa grande amie Marguerite H avec qui elle correspondit chaque année après le retour de Marguerite en Alsace
Il est fondamental de dire aux plus jeunes d'ici et de là-bas que de 1939 à 1944 leurs grands-parents ont su tout partager avec simplicité bien plus que les maigres ressources de l'époque.
Dans notre société de consommation trop superficielle et trop égoïste sachons tous les dire, le rappeler, et nous en servir comme exemple.
Il est essentiel aussi d'en garder trace pour l'avenir.
 

Depuis longtemps déjà la rue de Neuvic à Herrlisheim (peu le savent à Neuvic) et maintenant la place d'Herrlisheim à Neuvic Entier en seront pour toujours la mémoire.

Salut fraternel et fidèle à nos amis d'Alsace.


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